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SOUVENIRS

battent, ici comme ailleurs, mais ils prennent l’attitude du boxeur, l’attitude scientifique : calcul des coups, tête enfoncée, poing mesuré, regard intense et froncé, sautillement encerclant.

Je vais vers l’Université, en brique soutenue de pierre. Une inspiration française se révèle autour de la bibliothèque. Des étudiants y vivent, libres, dans une atmosphère de travail. Mes yeux les remplacent par les nôtres, ainsi qu’au cinéma les images se superposent.

Le cinéma habite un gratte-ciel qui sera dépassé demain : le Paramount. C’est de style nouveau, riche et colossal. La formule marque un effort. Des ors, des peintures, des marbres, de grands escaliers doublés d’ascenseurs rapides. Cela fait un amusant dix-septième siècle américain. Sur le parquet de la galerie des glaces, des bouts de cigarettes.

* * *

Le « De Grasse ». Un garçon à qui je tends un pourboire me dit : « Merci m’sieu ». Sois béni, toi par qui je rentre ainsi dans le bien-être de ma civilisation, toi qui m’y replonges du mot qu’il faut, le plus petit, le plus courant, celui que tu n’as pas préparé, qui sort de ta vie ordinaire où la mienne te retrouve dans une communion qui me pénètre. J’étais perplexe. Tu me délivres. Nos courants s’adaptent dans un autre champ que celui de l’électricité.

Vent d’ouest, assez violent. Aucun des miens au départ parmi la grappe humaine qui s’étage sur les quais, ainsi que l’a vue Blasco Ibanez et tous les voyageurs comme lui. Aucun des miens. Je regarde la joie ou l’attendrissement des autres. J’imagine le sourire un peu rentré de nos deux