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SOUVENIRS

coopérer, nous devons nous comprendre ; et comment nous comprendre sans nous connaître.

Habitant d’un vaste territoire aux aspects infinis, élargis ta vision comme l’horizon nous y invite. Le groupe français du Canada, si réduit au lendemain de la conquête, a survécu et s’est multiplié. Il joint à une affection filiale pour son pays d’origine, son attachement à la Couronne britannique. Il a donné des preuves de courage et de prévoyance ; il a constitué, au sein du Canada et de l’Empire, un élément de la diversité dans l’unité qui distingue la Confédération. Sa valeur nous appartient si nous sommes Canadiens : elle est une part de l’héritage que nous avons tous reçu et que nous transmettrons. Sachons conserver ces richesses sociales : si nous les perdons, le Canada en sera diminué ; et la postérité nous blâmera parce que, les ayant possédées, nous les avons laissé périr.

L’essentiel pour nous est de nous pénétrer de cette vérité : il est possible de vivre en Amérique et de rester français, et même d’intensifier notre attitude française. Comprendre cela, c’est avoir gagné déjà la victoire ; autrement, nous serons la proie de toutes les invasions. Le jour où nous plierons la formule ambiante à notre génie français plutôt que de la subir, nous serons non seulement sauvés mais fortifiés.

Pour cela, il faut, je te le répète, nous attacher de toutes nos fibres à la culture. Nous disons : notre langue, nos institutions et nos droits, et ce sont autant de mots d’ordre précieux, mais qui ne représentent rien sans la connaissance et sans la culture où ils se retrempent, où ils retrouvent leur signification. Ayant installé chez nous la culture, qui ne s’y trouve peut-être pas encore dans sa