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DÉLÉGUÉ UNIVERSITAIRE

lettres, de sciences et, surtout, de philosophie. Longtemps les éducateurs ont été divisés sur ce point. Les tenants de l’instruction scientifique reprochaient aux littérateurs et aux historiens d’en être restés au XIIIe siècle : et les littéraires plaignaient les scientifiques de ne vouloir être que de leur temps. L’expérience paraît avoir apaisé les esprits. On revient partout au foyer des humanités, entretenu en Angleterre même, sous les voûtes d’Oxford, comme aux époques lointaines les Romains préservaient le feu sacré qui symbolisait la transmission de la vie. Les Canadiens français n’y ont jamais renoncé.

Les lettres apportent à l’homme moderne, sollicité par mille distractions et dominé par le désir des réalisations rapides, le merveilleux contrepoids de la pensée des siècles.

Elles trouvent dans les sciences un complément nécessaire. Celles-ci ont pour elles l’actualité, ce qui est quelque chose : elles tendent vers la vérité, ce qui est mieux. Elles conseillent l’observation méthodique, la modération, la suite dans les idées et la juste appréciation des faits.

Ce sont déjà de belles leçons. Seules, elles conduiraient au mandarinisme. Il serait vain de réciter des règles de grammaire et des généalogies comme d’accumuler des nomenclatures ou la série des réactions chimiques. L’enseignement vit par la philosophie, par la synthèse qui devient une doctrine inspiratrice de nos actes. La philosophie, nourrie de tradition, n’éprouve pas de surprise devant le progrès si elle en est l’origine et la continuité. Spéculation de l’esprit, elle domine, dirige et ordonne.

On a dit que l’on ne pouvait philosopher sur le carré de l’hypoténuse ni sur « les doublets dans