Page:Moressée - Un mariage à Mondorf, 1887.djvu/208

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tier qui menait au tir, M. Dubicuil parut, se promenant lentement. Lui non plus, le pauvre père, n’avait guère dormi. Après avoir fait, pendant la soirée, contre fortune bon cœur et gai visage, il était rentre dans son appartement et de son côté s’était mis à réfléchir. En vérité, il était impardonnable. Eh quoi, songeait-il peut-être que sa fille consentirait à jamais à rester auprès de lui, en renonçant aux joies du mariage et de la maternité ? Qu’il refusât son consentement à l’union de Raymonde avec M. Darcier, soit ! c’était assez naturel.

Un incurable !… Mais ce n’était pas à ce jeune homme seul qu’il en avait voulu, ce n’était pas à quelque ressentiment particulier contre le malade qu’il avait obéi ce soir en faisant une semonce à sa fille. Non ! c’était le levain amer de cette ridicule jalousie de père exigeant et exclusif qui lui était monté du cœur aux lèvres…

Il s’était frappé la poitrine, demandant à Dieu de lui pardonner ce mauvais, ce lâche sentiment.

Puis il s’était couché. Mais le sommeil n’était pas venu, et il l’avait en vain cherché. Alors, dès l’aube, il s’était levé et, continuant ses réflexions, il était venu se promener dans le parc, ayant besoin, lui aussi, de se ressaisir et de se rafraîchir au souffle de l’air frais.

— Raymonde ! Marcelle ! Mes chéries ! dit-il en apercevant ses enfants.

Et tendrement il les avait embrassées. Mais tandis qu’il posait ses lèvres sur le front de Raymonde, elle lui avait dit à demi-voix :

— O mon bon père ! Me pardonneras-tu d’avoir manqué à mon devoir ? Va ! je ne l’oublierai plus,