Page:Moressée - Un mariage à Mondorf, 1887.djvu/222

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voix arrondissait les phrases, l’enthousiasme d’une âme de poète :

Dans le cimetière aux murs blancs,
Faites, quand je serai sous l’herbe,
Qu’un de vos anges consolants
Me trouve assez mûr pour sa gerbe !…

La dernière note envolée, ce fut une explosion d’enthousiasme. M. Dubreuil serrait les mains du jeune homme, remué au fond de son être par l’émotion puissante qui se dégageait de cette poétique prière. Raymonde, emportée dans le même élan, félicitait Fernand, en termes enthousiastes qui amenaient un sourire triste aux lèvres de son ami.

— Vous m’avez profondément émue, Monsieur, disait-elle, et cette prière est touchante. Oserais-je vous demander de qui elle est ?

— Elle est d’un maître, mademoiselle. C’est une page de la Symphonie légendaire de Benjamin Godard. Je l’entendis chanter par Faure, l’été dernier, à Nice. Elle a fait sur moi aussi, ce jour-là, une grande impression, et est depuis restée ma prière favorite. C’est vous dire ainsi que j’ai peu de mérite à la bien connaître.

— Vous en avez du moins un grand, dit M. Dubreuil, à la chanter avec la perfection que vous y avez mise… Raymonde, ma chérie, ajouta-t-il en se tournant vers sa fille, retiens bien, n’est-ce pas ? La prière de la Symphonie légendaire, de ?…

— De Benjamin Godard.

— Eh bien, c’est cela. Vois à te la procurer et à l’apprendre. Je te la redemanderai plus d’une fois, le prochain hiver.

— Monsieur Dubreuil, dit alors une des amies de