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L’ENVERS DU JOURNALISME

mandèrent à l’hôtelier s’il ne pouvait pas leur donner quelque chose à manger.

Il se fit un peu prier, mais finit par les conduire au garde-manger, après avoir fermé sa buvette.

Il les munit chacun d’un couteau et ils commencèrent à taillader un morceau de porc rôti, avec une ardeur qui semblait donner quelque inquiétude à leur hôte.

Un superbe gâteau se trouvait à portée de la main de Martin. Quand il eut fait dans le rôti une brêche suffisante, il donna un coup de couteau dans le gâteau et en prit un morceau capable d’apaiser la faim de deux hommes.

Un cri de désespoir suivit cet acte de voracité. Martin se retourna, le gâteau à la main.

« Qu’est-ce que vous avez fait là », s’exclama l’hôtelier ! « Un gâteau que ma femme avait préparé pour le bazar ! »

« Vrai, » répondit Martin ; « il est excellent ».

— Oui, mais qu’est-ce qu’elle va dire ?

— Ça me fait beaucoup de peine ; vous auriez dû nous prévenir.

— Je ne pensais pas que vous alliez manger tant que cela.

— Il était si beau que ça m’a tenté.

Martin fit encore quelques compliments du gâteau et l’hôtelier, un peu revenu de son mécontentement, le regarda partir avec étonnement.

« Vous allez mourir cette nuit, certain », dit-il aux deux journalistes, en fermant à double tour la porte du garde-manger. Ils l’assurèrent que non et