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L’ENVERS DU JOURNALISME

Quand il entra dans la salle de la rédaction, l’après-midi, il vit qu’il y avait quelque chose d’insolite. Les reporters étaient réunis par groupes et riaient et chuchotaient. Caron était dans la logette du téléphone et tous regardaient de ce côté, en pouffant de rire. Un autre reporter, un nouveau venu du nom de Lapointe, tenait l’appareil téléphonique installé sur le pupitre du city editor et parlait avec déférence à un interlocuteur que Martin s’imagina n’être autre que Caron.

La conversation était des plus animées. Lapointe répondait : « Oui, monsieur. — Je ne pense pas, monsieur. — J’ai fait une enquête, en entrant à la rédaction ; je ne crois pas qu’il y ait de francs-maçons ici. — Je vous assure que je me trouve très bien ici. — Je ne cours aucun danger, je ferai attention. — Vous désirez que j’aille vous voir et que nous en causions ? — J’irai vous voir, mais je vous assure que je suis très bien ici et que personne ne tente de me faire abandonner la religion ».

Dans l’autre téléphone, Caron disait : « Monsieur Lapointe ? — C’est le directeur du collège de M… qui parle. J’ai appris votre entrée au journal. Ça me fait de la peine. Vous êtes jeune, vous sortez à peine du collège. Savez-vous que vous courez le plus grand danger et que votre foi et votre vertu sont en jeu ? — Savez-vous que vous êtes entouré de francs-maçons à la rédaction du journal ? — Pauvre enfant, je sais à quoi m’en tenir, je vous assure que vous courez un grand danger. — Vous feriez mieux de quitter le journal. Les principes avant tout, vous savez. — Venez me voir à ma