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L’ENVERS DU JOURNALISME

— Aux États-Unis, c’est comme cela que ça se fait. Les reporters font les commentaires qu’ils veulent et arrangent les histoires à leur manière.

« Moi, » dit Dugas, qui avait un faible pour les tournures barbares et pour les fautes de français, et que la perspective de devenir rédacteur embarrassait quelque peu, « je ne vois pas pourquoi nous ferions tant de commentaires. Les nouvelles devraient être données en quelques lignes. De la sorte, nous n’aurions pas besoin de nous creuser la tête pour écrire. Du reste, il y a une autre réforme plus urgente à faire, c’est d’améliorer notre sort. »

« Oui ! » dirent en chœur ses auditeurs.

« Voilà quatorze ans que je suis au service du journal et je n’ai pas encore eu une seule augmentation », gémit-il. — C’était faux, mais il ne voulait pas compromettre ses augmentations futures, en faisant connaître celles qu’il avait eues. — « Nous ne sommes pas considérés non plus », poursuivit-il, « Pourtant, le journalisme est une profession et nous sommes censés appartenir à une classe supérieure. Ce n’est pas tout le monde qui pourrait écrire comme nous le faisons, » ajouta-t-il, avec une légère hésitation, qui s’échappa à personne.

« Je ne sais jusqu’à quel point tu as raison, avec ta profession, » dit Brunet ; « c’est plutôt un métier. »

« Ce n’est pas même cela, » rétorqua Collin. « Si nous avons les heures de travail et les gages des gens de métier qui ne gagnent pas cher, c’est tout ce que nous avons. Nous n’avons pas d’unions et eux en ont. »