Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/326

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Oui.

— Où est votre lettre ?

Ce n’était plus le marquisat de la veille, et, cette fois, il n’y avait plus de duc d’Aumont. Le chevalier baissa tristement les yeux, et s’aperçut que ses bas blancs et ses boucles de cailloux du Rhin étaient couverts de poussière. Il avait commis la faute de venir à pied dans un pays où l’on ne marchait pas. Le suisse baissa les yeux aussi, et le toisa, non de la tête aux pieds, mais des pieds à la tête. L’habit lui parut propre, mais le chapeau était un peu de travers et la coiffure dépoudrée :

— Vous n’avez point de lettre. Que voulez-vous ?

— Je voudrais parler à madame de Pompadour.

— Vraiment ! et vous croyez que ça se fait comme ça ?

— Je n’en sais rien. Le roi est-il ici ?

— Peut-être. Sortez, et laissez-moi en repos.

Le chevalier ne voulait pas se mettre en colère ; mais, malgré lui, cette insolence le fit pâlir.

— J’ai dit quelquefois à un laquais de sortir, répondit-il, mais un laquais ne me l’a jamais dit.

— Laquais ! moi ? un laquais ! s’écria le suisse furieux.

— Laquais, portier, valet et valetaille, je ne m’en soucie point, et très peu m’importe.

Le suisse fit un pas vers le chevalier, les poings crispés et le visage en feu. Le chevalier, rendu à lui-