Page:Musset - Œuvres complètes d’Alfred de Musset. Nouvelles et Contes II.djvu/328

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Mais, pendant cette conversation, où l’historien regrette d’avoir compromis son héros, d’épais nuages avaient obscurci le ciel ; un orage se préparait. Un éclair rapide brilla, suivi d’un violent coup de tonnerre, et la pluie commençait à tomber lourdement. Le chevalier, qui tenait encore son or, vit une goutte d’eau sur son soulier poudreux, grande comme un petit écu.

— Peste ! dit-il, mettons-nous à l’abri. Il ne s’agit pas de se laisser mouiller.

Et il se dirigea lestement vers l’antre du Cerbère, ou, si l’on veut, la maison du concierge ; puis là, se jetant sans façon dans le grand fauteuil du concierge même :

— Dieu ! que vous m’ennuyez ! dit-il, et que je suis malheureux ! Vous me prenez pour un conspirateur, et vous ne comprenez pas que j’ai dans ma poche un placet pour Sa Majesté ! Je suis de province, mais vous n’êtes qu’un sot.

Le suisse, pour toute réponse, alla dans un coin prendre sa hallebarde, et resta ainsi debout, l’arme au poing.

— Quand partirez-vous ? s’écria-t-il d’une voix de Stentor.

La querelle, tour à tour oubliée et reprise, semblait cette fois devenir tout à fait sérieuse, et déjà les deux grosses mains du suisse tremblaient étrangement sur sa pique ; qu’allait-il advenir ? je ne sais, lorsque, tournant tout à coup la tête : Ah ! dit le chevalier, qui vient là ?

Un jeune page, montant un cheval superbe (non