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LES CAVES DU VATICAN 28 1

nuit il se gratta, tourna et retourna sans dormir. Il les sentait qui lui couraient le long des jambes, lui chatouil- laient les reins, l'enfiévraient. Comme il était de peau délicate, d'exubérants boutons se soulevaient sous leurs morsures, qu'il enflammait en se grattant comme à plaisir. Il ralluma plusieurs fois sa bougie ; il se relevait, enlevait sa chemise, la remettait, sans avoir pu en tuer une ; à peine les apercevait-il un instant : elles échappaient à sa prise, et, même s'il parvenait à les saisir, lorsqu'il les croyait mortes, aplaties sous son doigt, elles se regonflaient à l'instant même, repartaient sitôt sauves et bondissaient comme devant. Il en venait à regretter les punaises. Il enrageait, et dans l'énervement de ce pourchas inutile acheva de gâcher son sommeil.

Et toute la journée du lendemain ses boutons de la nuit le démangèrent, tandis que des chatouillements neufs l'avertissaient qu'il était toujours fréquenté. L'excessive chaleur augmentait considérablement son malaise. Le wagon regorgeait d'ouvriers qui buvaient, fumaient, cra- chaient, rotaient, et mangeaient un cervelas d'une senteur tellement forte que Fleurissoire, à plus d'un coup, pensa vomir. Il n'osa cependant quitter ce compartiment qu'à la frontière, de crainte que les ouvriers, le voyant monter dans un autre, n'allassent supposer qu'ils le gênaient ; dans le compartiment où ensuite il monta, une volumi- neuse nourrice changeait les couches de son poupon. Il tâcha néanmoins de dormir ; mais il était alors gêné par son chapeau. C'était un de ces chapeaux plats de paille blanche à ruban noir, de l'espèce de ceux qu'on appelle communément : canotiers. Quand Fleurissoire le laissait dans sa position ordinaire, le bord rigide écartait sa tête

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