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LETTRES 391

le catholicisme. Platon pouvait aussi bien faire le saut que Lachelier. Comment admettre que le problème ne se pose plus de la même façon pour Lachelier et pour ce grand philosophe grec que Lachelier admire beaucoup. Comment admettre surtout que Platon puisse expier dans les Limbes le crime de n'être pas né après Jésus ? Lachelier ne serait pas bien embarrassé de répondre que quand on est Inspecteur Général de l'Instruction publique en France, on suit la religion de la majo- rité des Français ; que c'est d'ailleurs une très belle religion ; qu'il n'y a pas lieu de discuter tout ça, mais qu'il vaut bien mieux croire aveuglément ; que ça ne doit pas plus gêner les jeunes agrégés que ça n'a gêné Malebranche qui avait bien du mérite ; que d'ailleurs Monsieur Victor Cousin, qui était un peu libertin, s'accommodait fort bien de cette religion-là ; que les préfets étaient bien plus polis pour les universitaires quand ils n'étaient ï pas anticléricaux ; que c'est agréable à voir les gens dans une église ; que l'Eglise a beaucoup fait pour le latin, et qu'il faut penser bien peu pour être tout de suite gêné par la religion, qui n'a jamais de contact avec la saine philosophie.

C'est vrai. Mais quand Lachelier est venu au monde, la religion était toute faite. On y entrait tout naturellement. On faisait sa première commu- nion avec ferveur. 11 y avait encore des chrétiens. Mais aujourd'hui, il y a une maladie sur les

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