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776 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

heure de course dans ce véhicule cahotant, j'aperçois devant une ferme un drôle de petit être aux cheveux rasés, vêtu d'une blouse et d'un pantalon de toile, un brûle- gueule entre les dents : " C'est Miss May ", dit l'Améri- cain. Je saute de voiture et me présente. Une lettre de Mr. Mac Phearson lui a déjà fait prévoir ma visite. Je suis bien obligée de croire que le drôle de petit être est Miss May, mais vraiment elle a tout à fait l'air d'un homme, et même d'un nègre, tant sa figure est noire. Accueil bon garçon ; Miss May me gardera pour la journée, regrette de ne pouvoir me loger attendant des visites. Vite elle reprend sa fourche, après m'avoir présentée à Jack, jeune fille de dix-huit ans, son sosie en plus jeune et plus joli, et à Miss S. qui s'occupe du ménage.

Je m'empare d'une deuxième fourche et j'aide Miss May à changer la litière des chevaux et des vaches. Passé le reste de la matinée avec Jack à traire, écrémer, faire différents travaux autour de la maison. Tout en travail- lant Jack me raconte que son père est officier au Trans- vaal. Elle a toujours aimé l'agriculture, les bêtes. Arrivée depuis quelques semaines au Canada, elle veut se placei chez les autres, jusqu'à ce qu'elle ait gagné suffisammen| pour s'établir sur une ferme à elle. Au fond son ambitioi serait d'être covi^-boy. Son frère, me dit-elle, est modiste Londres. Drôle de famille ! Jack a un beau regard franc courageux. Nous continuons à causer, ou plutôt c'est elU qui parle, me racontant quelle remarquable femme esl Miss May. Jusqu'à l'arrivée de Jack, elle était seule po\ faire tous les travaux de la ferme, labourage etc. Au3 moments de presse, elle prenait bien un ouvrier agricole pendant quelques semaines, mais généralement celui-ci

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