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794 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de cuivre et l'hameçon, auquel est attaché un chiffon rouge, à la mode indienne. Je m'amusais à compter les grosses méduses jaunes d'or. Tout à coup la ligne se tend ; un saumon a mordu. La squaw pousse un cri sauvage, elle saute dans la pirogue au risque de la faire chavirer. La ligne se détend ; le saumon est parti, empor- tant l'hameçon ; Mrs. Donahoo pleure et hurle de rage en indien. Elle est effrayante à voir. Mais le poisson mourant revient à la surface ; elle l'achève à coups de pagaie. Alors c'est un chant de triomphe et nous rentrons.

De tous les points du fjord arrivent des Indiens en pirogue, qui viennent rendre visite à notre hôtesse. Elle est ici dans son élément. Les repas se prennent dehors ; on mange du riz, des baies, du poisson. Mrs. Donahoo et ses amis forment un groupe à part. Accroupis par terre, ils grimacent et parlent très vite une langue gutturale. On les sent bien loin de soi, et l'on n'éprouve pas à leur égard la sympathie qu'on ressent pour certains paysans et pour les vrais sauvages. On emporte d'eux une impres sion de laideur et de saleté. Les trappeurs de l'Hudî Bay C* ont forgé une langue : le chinouk, sorte d'esp^ ranto, qui est généralement employé dans les rappoi entre Blancs et Indiens.

Miss Paine est devenue l'esclave de l'expédition. Ce elle qui veille au feu, cuit les repas, lave la vaisseiU L'Indienne la rudoie et se moque d'elle. Cette pauvi Anglaise me fait vraiment grand'pitié et j'essaie l'aider. Le soir nous faisons des feux d'herbes humid< pour chasser les moustiques.

(A suivre.) CÉLINE RoTT.

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