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II06 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

et gouaille, l'autre s'indigne et réclame un rajeunissement des cadres. Tous deux s'accordent à dénoncer le sophisme des prétendus experts qui vont répétant que le public demande ceci ou cela... En fait le public endosse le mauvais goût des fabricants. Sa bonne volonté est très réelle. Je parle du ;^ros public et non des spectateurs triés sur le volet (sur quel volet, grands dieux !) de telle salle « ultra-selecte », comme s'expriment les prospectus. J'ai vu se dérouler dans un cinéma de Montmartre un film ridicule, au milieu de la plus cruelle, de la plus divertissante critique collective qui se puisse rêver. Je crois bien qu'on ne trouverait pas ailleurs qu'à Paris, proche la place Pigalle, une salle capable d'em- boîter une mauvaise pièce dans un mouvement aussi juste, aussi précis. Mais cet instinct a besoin d'être guidé par de vrais artistes, au lieu qu'on le pervertit à force de drames poUciers épileptiques ou de faux comique contorsionnel.

M. Diamant-Berger paie un riche tribut d'éloges à CharUe Chaplin, le grand acrobate du lyrisme, qui joint à la plus subtile psychologie une observation ironique et tendre de la vie. Ceux qui veulent l'imiter pataugent dans la convention du « caf-conc » le plus académique, et leurs films, dans dix ans, feront l'effet d'un dessin de M. Albert Guillaume.

On admire beaucoup les acteurs du cinéma américain. C'est avec raison. Ils ont compris les premiers qu'il fallcdt jouer avec la bouche et les yeux plutôt qu'avec les gestes. Ils savent regarder, écouter, parce qu'ils sont plus sensibles à l'action, au drame intérieur, qu'à l'effet décoratif.

De ce que le cinéma représente le mouvement, certains se hâtent de conclure qu'il suffît de faire bouger des figures et des objets pour l'étonnement ou le plaisir des yeux ; on a pu apprécier les appUcations de ces profondes théories à l'art et à la littérature. M. Diamant-Berger n'a garde de donner dans ce godant : « Pour faire un scénario, écrit-il.

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