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96 LA NOUVELLE REVUE FRAKÇALSE

cathédrale veillant comme une légion d'anges assemblée au carrefour de longues rues sonores^ apparaissait dans son souvenir comme un séjour délicieux, comme un décor étrange et romanesque, tandis qu'il détournait son regard, avec ennui, de la perspective immense et piètre des grandes voies bordées de jardins tristes et de maisons de brique et de stuc, d'aspect si pauvre, si morne et si nu, surtout dans la marée basse des dimanches. Il ne voyait plus la route qu'il parcourait quatre fois par jour ; et du reste, maintenant que le temps était plus frais, il allait prendre le train souter- rain à Sloane Square chaque fois qu'il avait à se rendre à la Cité. Autrefois il aimait, au contraire, voyager sur l'impériale des autobus et varier son itinéraire. Les auto- bus qui, de King's Road, allaient dans la direction de Westminster en passant par Pimlico, lui offraient un trajet plein d'agrément, et quand ils tournaient vers la droite, au sortir de Sloane Square, on passait le long de belles pelouses toujours bien tondues et bien arrosées, d'où montait une délicieuse odeur. Maintenant, tout cela, trop vu, trop connu. La foule même ne l'intéressait plus : il se sentait devenu trop semblable à ces millions d'esclaves du travail et de l'habitude, à toute cette subs- tance humaine tour à tour aspirée et rejetée, à heures fixes, par les gares, les usines, les banques et les théâtres, charriée par grappes et par bancs dans ces égouts à ciel ouvert. Et dire que l'an prochain, lorsqu'il reviendrait, la vue de la tunique rouge d'un invalide parmi cette foule, lui annonçant soudain qu'il était véritable- ment rentré dans Chelsea, ferait battre son cœur ! Mais maintenant, s'il regardait encore les gens de son quar-

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