Page:NRF 15.djvu/427

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Séleucus. — Madame, je préfère cadenasser mes lèvres plutôt que, sur ma vie, témoigner de ce qui n'est pas.

Cléopatre. — J'ai gardé quelque chose, moi ?

Séleucus. — Assez pour racheter tout ce que vous avez déclaré.

César. — Mais ne rougissez pas, Cléopâtre ! Votre précaution est digne de louange.

Cléopatre. — Voyez, César ! Admirez comme le succès entraîne tout après lui ! Ce qui était mien devient vôtre ; ce qui est vôtre serait mien, si nos destins se retournaient. Mais c'est l'ingratitude de ce Séleucus qui m'enrage. Esclave de pas plus de fiance que l'amour d'une prostituée ! Tu te caches ? Ah ! tu fais bien de te cacher. Mais je saurai trouver tes yeux, je t'assure, quand ils s'envoleraient ! vilain drôle, laquais, chien ! ah ! canaille !

César. — Excellente reine, nous vous supplions de...

Cléopatre. — O César, est-il rien de plus mortifiant que ceci ! A l'instant où vous daignez nous faire visite, comblant d'un tel honneur ma patiente indignité, voici que mon propre servant vient ajouter à la somme de mes disgrâces le surcroît de sa perfidie. Disons donc, gracieux César, que j'ai mis de côté quelques colifichets de femme, quelques oripeaux sans valeur, de ces petits riens qu'on offre aux familiers ; disons encore, un souvenir d'un peu plus de prix que je réservais pour votre épouse, un autre encore pour me concilier Octavie. Dois-je être dénoncée à cause de cela par celui-ci que j'ai nourri ? Dieux ! sa lâcheté m'est plus cruelle encore que mes revers. —