Page:NRF 15.djvu/487

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


M. PIERRE LASSERRE CONTRE MARCEL PROUST.

Il y a quelque chose de touchant dans l’infaillibilité avec laquelle M. Pierre Lasserre découvre l’un après l’autre tous les sujets qui peuvent mettre le mieux en lumière sa radicale incompréhension de la littérature contemporaine. Après Claudel, après Péguy, le voici qui prend bien garde de ne pas manquer l’occasion superbe que lui offrait Marcel Proust. Son article de la Revue Universelle (n° du 1er Juillet): Marcel Proust humoriste et moraliste témoigne d’un manque de pénétration vraiment exceptionnel. Sous les dehors de l’aisance et de la vivacité, le plus naïf pédantisme et une extrême inintelligence s’y étalent inconsidérément. Par moments on croit entendre Bloch lui-même, par miracle sorti de l'Ombre des jeunes filles en fleurs et en entreprenant la critique, ou plutôt l’éreintement.

Plusieurs phrases de M. Lasserre indiquent qu’il fiiit grand cas de la « légèreté ». (Ne reproche-t-il pas à Marcel Proust d’être « l’écrivain le plus empesé de son temps » ?) Lui-même tient à en donner l’exemple :

« Je savais bien, lisait-on dans A l’ombre des jeunes filles en fleurs, que je ne posséderais pas cette jeune cycliste si je ne possédais aussi ce qu’il y avait dans ses yeux, etc. »

« Manière de dire un peu exagérée, interrompt aussitôt M. Lasserre. Car il nous a été montré dans les yeux de la jeune cycliste tout un paysage comprenant notamment les « pelouses des hippodromes » (M. Proust a voulu probablement dire : des vélodromes) familiers à sa mémoire Imaginative. Et ce serait une beaucoup trop bonne affaire que la possession d’une cycliste jeune et jolie entraînant par dessus le marché l’acquisition gratuite du terrain où elle cultive son sport. »