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864 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sauvagerie, venu de quelque pays étrange et inconnu. Une centaine d'hommes de son espèce suffiraient à changer tout l'aspect, aussi bien que l'âme d'une ville de province. Ils briseraient la façade, et illumineraient l'âme de la passion d'une sauvagerie tumultueuse, brillante et emportée. On aime Suler facilement, et de gaîté de cœur, et quand je vois l'insouciance avec laquelle les femmes l'acceptent, j'en suis surpris et fâché à la fois. Et cependant cette insouciance cache peut-être une certaine prudence. On ne peut se her à Suler. Que fera-t-il demain ? Il se peut qu'il jette une bombe ou rejoigne une troupe de musiciens de café-concert. Il a en lui une énergie qui suffirait à trois vies, et un tel foyer de vitalité, qu'il semble lancer des étincelles comme un fer sur- chauffé.

IV

Goldenw^eiser a joué du Chopin, ce qui a provoqué chez Léon Nicolaïevitch les remarques suivantes : « Un certain petit prince d'Allemagne dit un jour : « Si vous voulez avoir des esclaves, faites le plus de musique possible. » Cela est à la fois bien pensé et bien observé — la musique engourdit l'es- prit. Les catholiques l'ont particulièrement bien compris. Nos prêtres évidemment ne pourront pas se réconcilier avec l'idée de jouer du Mendelssohn à l'Eglise. Un prêtre de Toula m'assura un jour que le Christ n'était pas Juif, bien qu'il fût le fils d'un Dieu juif, et que sa mère fût une Juive — il admettait cela, mais il disait : « C'est impossible, d Je lui demandai : « Pourquoi donc ?... » Il haussa les épaules et dit : « C'est là justement qu'est tout le mystère. »

��« L'intellectuel ressemble à ce vieux prince de Galicie qui au xn« siècle déjà, déclara effrontément : « Des miracles, cela

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