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Page:NRF 15.djvu/89

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BEAUTÉ, MON BEAU SOUCI 85.

on triomphe pour un bouquet gardé ! Quelle confiance en nous-mêmes peut nous donner ie moindre regard, le plus fugitif sourire d'une enfant ! Et quelle peine, quel sentiment d'humiliation affreuse, pour un regard distrait, pour^une parole qui fait l'éloge d'un autre !

Le dimanche suivant, Marc ne douta plus qu'il était pardonné. Il l'était déjà au moment où elle avait essayé d'abandonner les fleurs, mais elle s'était bien gardée de le lui laisser voir. Ce dimanche-Là, lorsqu'elle entra, il parut à Marc qu'il y avait quelque chose de changé en elle, mais il n'aurait pas su dire, tout d'abord, ce que c'était. Il la parcourut du regard tandis qu'elle baissait les yeux. Qu'était-ce donc ? Eh oui : sa jupe était plus longue. Elle avait décousu un des volants de sa jupe de deuil, et l'avait recousu plus bas. Elle rougit et détourna la tête quand elle vit que Marc s'était aperçu de ce chan- gement. Du reste la présence de M™^ Crosland les obli- geait au silence et les contraignait à feindre l'indifférence. Et même lorsqu'ils se trouvèrent seuls un instant, après qu'ils se furent donné le long baiser de la réconciliation, Marc ne put rien dire sinon :

— Oh Queenie, je craignais tant que la pluie ne vous empêchât de venir aujourd'hui !

Et plus tard, en y réfléchissant, il sentit bien qu'il n'y avait rien à dire au sujet de cette jupe allongée. Il suffi- sait qu'elle êùt vu qu'il l'avait remarquée. Il était même difficile d'exprimer ce que cela signifiait. « Puisque je suis aimée d'un homme, je ne veux plus qu'on me voie vêtue comme une enfant. » Oui, quelque chose comme cela. Et vraiment, pensait Marc, elle était bien

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