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LA NUIT DES SIX JOURS 6l

— Fous-moi la paix.

Il y eut un silence. Le peloton passait à la corde, nous frôlant et les ombres s'inscrivaient sur les tentes. Les jambes nues tournaient comme des mécaniques. Van den Hoven en passant nous cria :

— Vivement demain soir !

Je fis la connaissance de Petitmathieu, mais il n'eut pas Tair de me considérer comme présent. Il ronchonnait. Plus souvent qu'on lui apprendrait à se relever pour une putain de prime. Et de cent balles encore. Public de fau- chés ! Des râleux qui viennent avec leurs poules, bien heu- reux encore quand ce n'est pas pour cueillir les femmes des autres.

Ses cuisses étaient maintenant un ivoire mouillé.

— Petitmathieu, debout là dedans ! crièrent au-de«3sus des lions Peugeot, inexorables, les populaires. Mais il fit signe de la main qu'il en avait marre.

Les mécaniciens souillés, avec une barbe de cinq jours, en chemise khaki, bandaient les guidons au fil poissé, met- taient en fliisceaux les roues à vérifier, serraient un écrou.

Petitmathieu ne trouvait pas le bien-être.

— Le ventre, quand vas-tu te décider à me travailler le ventre ?

Le masseur écarta l'élastique de la culotte ; on lut au-dessous du nombril : « ^"^ régiment de. ^ouaves, V^ compa- gnie » et la devise « Tant que ça peut » ; il passa à plat la paume de sa main sur les intestins.

— Sucre-moi les fesses avec du talc.

Ceux que leur équipier venait de relayer, descendaient d-e machine pour dormir deux heures. Les managers les arrêtaient au guidon et à la selle, dénouaient leurs lanières aux pédales, transportaient avec de tendres soins ces pou- lains vers le lit.

Puis tout s'aménagea pour la nuit. Malgré le bruit, des concurrents ronflaient. D'autres le corps hors des couver- tures rigolaient de lit à lit, comme à la chambrée. On

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