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UNE BELLE VUE 317

" Un entrepreneur ! " Ah ! il ne songeait guère au tulle en ce moment ! Mon père reprit :

— Je ne puis pourtant pas, pour faire plaisir à Pierre ou à Paul, renoncer à mes droits de propriétaire. Tout le monde agirait de même à ma place. . .

— A votre place, fulmina M. de Chaberton, ce n'est pas un rideau d'arbres que je planterais, mais bel et bien un cent de peupliers.

Et dans son déchaînement contre M. Davèzieux, il laissa échapper à l'adresse du " beau Tonio " certaine injure à laquelle je ne compris rien, mais qu'il ne conve- nait sans doute pas qu'un enfant fût exposé à entendre, car mon père me renvoya sur-le-champ.

Je ne m'étais pas encore rassasié d'amertume. De l'allée supérieure où j'allai me réfugier, je contemplai un bon moment, avec le regret de ne plus saisir leurs propos, les promeneurs qui continuaient à agiter la terrible question. Mon père dominant des épaules ses deux compagnons, l'un tout menu, l'autre carré et court sur pattes, agi- tait ses longs bras, se redressait, s'arrêtait, repartait. Il en avait surtout à M. de Chaberton lequel, les yeux sortis des orbites, frappant du pied, jouant de la canne, lui renvoyait la balle à souhait. M. Servonnet trottinait, le sourire aux lèvres, et de temps à autre hochait la tête, qu'il avait nue, ayant l'habitude de toujours garder son chapeau à la main.

Mais j'aperçus Marguerite et ses amies, qui, se tenant toutes trois par la taille, se dirigeaient de mon côté. Ces demoiselles trouvaient les jeux indignes, l'une de son caractère, les autres de leurs belles robes empesées; elles

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