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$2 2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ici récemment sur l'œuvre d'Ingres : "elle ne s'affirme enfin personnelle que s'il y porte sa magistrale dernière main". l

Et quelles sont les méthodes auxquelles il soumet son ouvrage encore fruste pour en obtenir l'épreuve définitive ? L'étude comparative à laquelle M. Archer s'est livré lui permet de les établir au nombre de trois : simplification du mécanisme, élimination des figures accessoires, perfectionnement des carac- tères. (Par ce terme général de " perfectionnement ", il faut entendre, je pense, enrichissement et individualisation).

Cet art méticuleux ne comporte cependant aucune virtuosité gratuite : " bien qu'il polisse souvent ses phrases, il ne travaille jamais son dialogue, si je puis dire, pour lui-même. Ce qu'il y ajoute révèle presque toujours quelque nouvelle facette de caractère, quelque complexité supplémentaire des motifs."

On a dit souvent en quelle intimité vivait Ibsen avec ses personnages et que, pour les connaître mieux, pour éprouver toutes les réactions de leurs caractères, il se plaisait à les faire agir en des conflits indépendants du drame où il devait les engager définitivement. Nous ignorions, et M. Archer nous l'apprend, que certains personnages, nés dans l'atmos- phère de tel drame, ont été par la suite transportés dans tel autre. C'est ainsi que, primitivement, Rosmer avait deux filles qui, retranchées de Rosmersholm, devinrent, dans La Dame de la Mer, Boletta et Hilda Wangel... Parfois, un ou plusieurs traits tombent d'un caractère pour se reporter sur un autre. Ou bien, d'une conception unique deux individus distincts, mais proches parents, jaillissent. Hjalmar Ekdal du Canard Sau- vage se dédouble en Eylert Loevborg de Hedda Gabier. Enfin, soumise à la méditation du poète, exigée par l'atmosphère du

' A propos du Canard Sauvage, M. Archer écrit: " La conception générale de la pièce ne paraît pas avoir été grandement modifiée ; but it was enormously enrichcd in détail in the final révision." Et, à propos du Petit Eyolf: " En fait, presque tout ce qui donne à la pièce sa profondeur, son horreur et son élévation fut l'œuvre de la dernière pensée." Et, à propos de Maison de Poupée : " La marche du drame est, en somme, la même dans les deux versions mais tout, dans la dernière, paraît mieux aiguise .

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