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554 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

palpitations, les espoirs de ces harmonies s'appuient sur la nudité de l'âme comme sur la chair un baiser. Je vois la Muse debout, et d'une main elle contient son grand cœur anxieux qui bouge sous sa robe ; son attitude est pleine de décence ; mais je n'en sais pas moins qu'elle souffre des mêmes amours que moi. Si vous en doutez, il ne faut qu'écouter l'admirable chaconne finale et surtout l'ascension sombre, haletante, épui- sée, bien que toujours passionnément réservée qui remplit le prélude du III me Acte et que le programme a pu, sans trop d'arbitraire, rapprocher de la " Solitude " de Tristan.

Jacques Rivière.

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  1. #

��CONCERT CLAUDE DEBUSSY (Société des Dillettantes, salle Mors.)

On ne saurait chanter, je pense, la Grotte de Tristan l' H er- mite, Colloque Sentimental de Verlaine, et les Chansons de Bilitis avec une originalité plus sûre, un plus sobre pathétique, que ne l'a fait, l'autre soir, Mme Raymonde Delaunois ; M. Ennemond Trillat de son côté, dans son interprétation de Childrens Corner et de Cloches à travers les feuilles, montra des dons musicaux qui ne sont point d'un pur virtuose. Enfin, l'art de Debussy ne pouvait être présenté aux auditeurs par un conférencier plus zélé ni plus compétent que Louis Laloy. C'est pourtant à lui que je veux chercher une petite querelle : Il nous a fort bien dit comment toutes les grandes œuvres musicales ont scandalisé la critique et le public avant de passer en modèles : il a prévu le temps où la production même de Debussy fournirait aux théoriciens le canon d'une nouvelle orthodoxie ; il nous a sagement engagés à goûter une telle beauté dans sa fleur, et tandis qu'elle est encore moins com- prise que sentie. Mais parmi les caractères qui rattachent cette musique à l'esprit de notre temps, pourquoi vanter uniquement et surtout le " panthéisme " et " la confiance dans la nature " ? Même en admettant que ces traits marquent bien l'essentiel de la sensibilité contemporaine, expliquent-ils assez la prédi-

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