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CHARLES BLANCHARD 46 I

— Est-ce que ça s'appelle chercher son pain, ce que nous avons fait aujourd'hui, maman ?

On ne savait pas où il avait pu prendre ces mots. Elle lui répondait en le mettant au lit. Il était bien heureux de s'endormir, il lui semblait qu'il avait quelque chose à oublier.

Telle était la vie qui, tout autour de Charles Blanchard, régnait dans le monde quand il avait sept ans, quand il avait huit ans et quand il eut neuf ans. Peut-être, contre elle, y a-t-il beaucoup à dire, mais pendant bien des jours l'enfant n'ouvrit pas la bouche. Si elle était ainsi faite, c'est parce qu'elle en avait le droit. Il la recevait avec soumis- sion, il s'asseyait parce qu'il ne fallait pas être absent lors de sa venue. Il ne faisait pas un seul geste ensuite, car elle ne le lui avait pas commandé ; il ne faisait pas un pas, de crainte que dans sa pensée elle n'eût décidé qu'il devait rester assis.

Il la recevait. Sans cesse se détachaient d'elle ces minutes qui tombent avec un bruit léger, qui lentement vous recouvrent la tête, les épaules, les membres et qui, quand le soir vient, vous font sentir que vous portez un fardeau.

De huit à neuf ans, il fit plusieurs voyages dans la campagne, et qui furent semblables à son premier voyage. Il n'en était pas au point où l'on s'aperçoit que les autres ne sont pas nous-mêmes et que leur vie n'est pas pareille à la nôtre ; c'est bien plus

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