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5O4 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

dernier, un combat d'une extrême violence. Tous ses traits s'étaient contractés, ses rides creusées. Les doigts crispés au dossier d'une chaise, il considérait le plancher en se mordant la moustache. Quelques secondes angois- santes s'écoulèrent. On n'entendait que le bourdonne- ment continu des guêpes qui dansaient dans l'encadrement feuillu de la fenêtre.

Enfin mon père dit brusquement :

— Je désirerais parler à Tourneur... Pensez-vous qu'il y consentirait ?

— Vous... Si je...

Et déjà M. le curé, ayant pivoté comme un toton, ouvrait la porte vitrée et s'écriait, tout haletant du coup de poing qu'il venait de recevoir dans l'estomac :

— Monsieur Tourneur, il y a là monsieur Landry qui voudrait vous toucher deux mots... Venez donc, monsieur Landry... passez donc le premier...

Debout derrière la table ronde, jonchée de dominos, sur laquelle ses mains posaient, M. Tourneur, la face en feu, les pommettes violacées de couperose, les yeux mi-clos sous le lorgnon, la mâchoire tombante, m'offrit le specta- cle d'un homme complètement hébété. Mais le large dos de M. le curé me boucha aussitôt la vue.

J'entendis, comme dans un rêve, mon père prononcer des paroles étranges.

— J'ai eu de graves torts envers toi, Guillaume... Je viens t'en demander pardon... Veux-tu me serrer la main?

Ne rêvais-je point en vérité ? Ou bien le monde n'était-il pas soudain renversé ? Quoi ! mon père s'accusait de torts envers son ancien ami ! Il lui demandait pardon ! Que s'était-il donc passé pour que l'innocent devînt ainsi

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