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508 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

cette fois de leur famille. Que se passerait-il ? Maman et madame Tourneur feraient-elles enfin connaissance ? Aurais-je le plaisir, assez redoutable cependant pour ma timidité, d'approcher la fillette qui possédait depuis long- temps mes sympathies cachées ? Et quelle stupeur dans Landerneau lorsqu'on nous verrait parler à ces gens qu'auparavant nous voulions ignorer, et qui, beaucoup par notre faute, paraît-il, vivaient en marge de la société de Saint Clair ! En se montrant en compagnie de M. Tour- neur, mon père ne confesserait-il point, et publiquement cette fois, ses torts passés? Ne choisissait-il pas un mauvais moment pour un aveu de ce genre ? L'opinion ne lui était déjà que trop peu favorable. Si ses ennemis se trouvaient disposés à réhabiliter M. Tourneur, afin de lui faire pièce, ils saisiraient l'occasion qu'il leur offrait lui-même de le réhabiliter à ses dépens.

De réflexions en réflexions, j'arrivai à l'église, étreint par une véritable angoisse. Mais, dans la basse nef, à ma gauche, les chaises de la famille Tourneur restèrent obsti- nément vacantes. Lorsque, la messe aux trois quarts dite, il fut bien acquis qu'elles ne seraient pas occupées, je respirai. J'étais néanmoins un peu déçu. Et puis que signifiait cette absence ? Elle était, à mon souvenir, sans précédent. Je m'imaginai que les circonstances n'y étaient pas étrangères. Pour tout simplifier M. et M me Tourneur se dérobaient. Mais que ne va-t-on point supposer, quand on se met martel en tête ? Ne me semblait-il pas aussi que M- le curé constatait d'un air navré l'abstention de ses paroissiens, chaque fois qu'il se retournait pour un " Dominas vobiscum " ?

Or, pendant le dernier évangile, la loueuse de chaises

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