Page:NRF 1909 2.djvu/62

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mon Dieu, de V avoir créé... Cette nuit, de toute mon âme je pensais : " Merci, mon Dieu, d’avoir fait cette nuit si belle !" Et tout à coup je t’ai souhaité là, senti là, près de moi, avec une violence telle que tu l’as peut-être senti.

Oui, tu le disais bien dans ta lettre : l’admiration, " chez les âmes bien nées" se confond en reconnaissance... Que de choses je voudrais t’ écrire encore ! Je songe à ce radieux pays dont me parle Juliette. Je songe à d’autres pays plus vastes, plus radieux encore, plus déserts. Une étrange confiance m’habite qu’un jour, je ne sais comment, ensemble, nous verrons je ne sais quel grand pays mystérieux... "

Sans doute imaginez-vous aisément de quel cœur éclaté de joie je lus cette lettre, et avec quels sanglots d’amour. D’autres lettres suivirent. Certes Alissa me remerciait de ne point venir à Fongueusemare, certes elle m’avait supplié de ne point chercher à la revoir cette année ; mais elle regrettait mon absence, elle me souhaitait à présent ; de page en page retentissait le même appel. Où pris-je la force d’y résister ? Sans doute dans les conseils d’Abel, dans la crainte de ruiner tout à coup ma joie et dans un raidissement naturel contre l’entraînement de mon cœur.

Je copie des lettres qui suivirent tout ce qui peut instruire ce récit.

" Cher Jérôme,

Je fonds de joie en te lisant. J’allais répondre à ta lettre d’Orvieto, quand à la fois celle de Pérouse et celle d’Assise sont arrivées. Ma pensée se fait voyageuse ; mon corps seul fait semblant d’être ici ; en vérité je suis avec toi sur les blanches routes d’Ombrie ; avec toi je pars au matin, je