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344 L^ NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

autant que malheureux; ce n'est qu'en rentrant dans le devoir, en faisant ma paix avec l'Eglise et avec les hommes que le passé pourra s'effacer de mon cœur... " — " Mon père, répondis-je, l'aveu que vous venez de me faire avec une confiance si grande et un si sincère accent de vérité m'afflige autant que s'il s'agissait du récit de mes maux propres. L'expérience de l'âge et le discernement d'une carrière déjà longue ajoutent un grand poids à tout ce que vous dites. J'admire qu'ayant tant souffert vous n'ayez pas plus gardé d'amertume et de haine contre les hommes. — " C'est, mon fils, me dit M. l'abbé Prévost que mon sang est moins vif que le vôtre, mon cœur plus mesuré ; l'âge, à défaut de vertu, y a tout apaisé ! Enfin, ajouta-t-il avec un accent vraiment paternel et qui me bouleversa à nouveau jusqu'aux pleurs, je n'ai pas vu la mort frapper ma maîtresse dans mes bras ; ce n'est que l'ingratitude qui me l'a fait perdre ; et il y a une distance de mon mal au vôtre !" — " Non, non, fis-je alors avec émotion. Quoi que vous dissiez, mon père, il y a un très grand rapport entre nous ; le mal est le même qui vous frappe et qui m'accable. Ah ! que ne pouvons-nous, en mêlant votre sort et le mien, essayer ensemble, sinon d'oublier, au moins de diminuer l'acuité du mal cruel qui nous ronge... "

Ma proposition ne surprit pas M. l'abbé Prévost. Il y répondit avec une grande fermeté et une grande droiture. — " Mon cher chevalier, me dit-il, j'entends bien l'offre que vous me faites avec désintéressement. Dans l'état où je suis rien ne m'est plus sensible; mais ne risquons-nous pas, en mêlant nos regrets, d'en accroître le nombre? Appelons- en à Dieu ; revenons à la règle; il n'y a qu'en rentrant

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