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96 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

fermait de parti pris son cœur à de nouvelles affections. A quoi bon d'ailleurs multiplier les liens avec le monde, quand il les faudra tous arracher demain ? Et puis, qui sait si tout ce qu'elle avait entendu dire à demi-mots de u l'affaire Tourneur " ne lui faisait pas flairer et détester d'instinct dans les héros de cette histoire l'amour dont elle ne connaîtrait jamais le délice.

Or, M. Isaac Trottmann ayant loué Longval pour une durée de trois, six ou neuf ans au gré du bailleur, le jour de vider la place était arrivé. Depuis une quinzaine on n'arrêtait pas d'emballer, d'inventorier, de déménager mille objets, et l'on avait eu à chaque instant l'amer avant-goût du départ. Maintenant il fallait s'armer d'hé- roïsme. Car ce départ, on le sentait bien, ne ressemblait pas à tant d'autres, accompagnés d'un esprit de retour. Une période de nos existences allait se clore.

Laissant son mari au Colombier, madame Tourneur était venue aider maman dans ses dernières dispositions et surtout réconforter son énergie défaillante. La gorge serrée, les jambes coupées, je voulus, en société d'Hen- riette, prendre encore une fois congé de tous les coins et recoins de ce parc et de ce château que j'avais tant admirés. Adieu, ma chambrette d'enfant au papier fleuri de roses, chambres vastes et nues de mes grands parents et de mes parents, salons au luxe trop certain, billard sévère, notre pièce favorite, salle à manger d'acajou massif, et vous, dans le vestibule, figures peintes du Travail, de la Probité et de l'Epargne ! Adieu, cente- naires allées, cathédrales aux voûtes de feuillage, parterres français, bassins peuplés de poissons rouges, jets d'eau, serres, orangerie ! Du haut de ces terrasses qu'un lierre

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