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132 LA NOUVELLF. REVUE FRANÇAISE

bles, après le romantisme dont l'inquiétude spirituelle ne sut pas s'échapper de la contrainte des tonalités immobiles, cette musique apparaît comme l'épanouissement de toutes les libertés attendues. Elle ne s'inquiète plus que d'exprimer les émotions, la fluidité de leur déroulement, et la façon dont elles se lient en se fondant sans cesse les unes dans les autres : pour attein- dre à la souplesse de cette continuité tout intérieure Debussy s'est débarrassé des tons rigides, qui posent pour un temps l'obligation d'un certain sentiment ; il laisse la tonalité non pas flotter, mais s'infléchir sans cesse pour suivre de plus près la forme, à chaque instant variable, de l'âme, et pour mieux serrer le contour de sa palpitation. — Il est séduisant de rap- procher son art de la poésie qui lui fut contemporaine, et d'en assimiler l'émancipation à la découverte du vers libre. Cepen- dant M. Laloy lui-même indique que sans doute le symbolisme n'a trouvé que dans Pellèas son chef-d'œuvre. La raison n'en est-elle pas peut-être que Pellèas a su dépasser l'orthodoxie symboliste en se proposant davantage qu'elle n'exigeait ? On réclamait récemment dans ces pages le droit d'admirer Debussy à cause de son classicisme. Il me semble en effet discerner dans sa liberté autre chose que la rupture de toute règle. Un grand besoin d'expression exacte le possède ; il lui faut à tout prix découvrir pour chaque objet le trait le plus précis; il n'a point de cesse qu'il n'ait modelé sa période musicale (mélodie et harmonie) sur l'attitude même de l'âme ; chaque phrase de Pellèas est gravée sur les seules notes qui la pouvaient suppor- ter ; elle ondule juste dans la mesure nécessaire pour se tenir sans cesse à la même hauteur que l'émotion. La liberté de cette musique n'est donc qu'un résultat ; elle vient d'un grand attachement à ne pas cesser d'être textuel. Elle est un moyen d'atteindre l'expression la plus minutieuse ; elle a été non pas cherchée pour elle-même, mais obtenue par Debussy à cause de la contrainte qu'il s'est imposée d'être toujours impitoya- blement fidèle à son âme.

Toutes ces réflexions se trouvent dans le livre de M. Laloy. Mais il les applique aux œuvres de la dernière période, plus fermes et plus simples selon lui. Or je ne peux m' empêcher

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