Page:NRF 3.djvu/14

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attitude, vivait comme s'il n'y avait pas eu des larmes auprès de lui.

Les premiers temps, elle ne savait pas encore. Elle demandait :

— Tu es malade, mon petit ?

Il semblait qu'il n'eût pas entendu, ou plutôt il semblait qu'il fût occupé par ailleurs.

Il habitait un monde qui n'est pas le nôtre, rien ne pouvait l'en faire sortir ; un grand principe de silence commandait à ses mœurs, il n'en était pas le maître : on le sentait surveillé, on le voyait obéir. Si parfois, dans un de ces mouvements inconscients comme nous en avons tous, il faisait un geste, on eût dit qu'il s'apercevait alors qu'il venait de manquer à son devoir. 11 semblait se cacher pour rentrer au repos, puis il passait la main sur le membre qui avait fait ce geste, comme s'il eût voulu en effacer la trace.

On ne comprenait plus rien à la nature humaine lorsqu'on l'examinait. Comment vivait-il ? Mais qu'est-ce qu'il faisait donc ? Certes, au souffle de sa respiration, sa poitrine s'élevait et s'abaissait comme la nôtre, mais c'était bien là le seul point par lequel il nous ressemblât. On n'imaginait pas les idées qui pouvaient pousser dans sa tête. On ne connaissait personne à qui l'on pût le comparer.Les vieillards font plus de bruit, les hommes sont moins graves, les animaux se mêlent à nous davantage. Parfois il semblait que la pâleur et