Page:NRF 3.djvu/16

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— Voilà. Mon petit a douze ans. Je vous le confie pour que vous lui appreniez votre métier. Vous ne pouvez pas me refuser puisque vous êtes mon beau-frère.

C'est à ce moment qu'il dirait oui. Elle n'aurait plus qu'à ajouter :

— Il saura travailler. Chaque soir, il aura gagné sa journée. Il sera heureux lorsqu'il sera grand.

Il ne sera pas comme sa mère.

Certes, elle était triste parce que chaque jour elle se complaisait dans sa peine ; elle était triste, parce qu'elle ne savait pas comment l'on peut faire autrement, mais sa tristesse n'allait pas bien loin. Elle pleurait pour aujourd'hui, elle ne pleurait pas pour demain. Il y avait toujours dans son cœur un petit coin prêt pour le repos dans la douleur. A l'époque des grands événements de sa vie, lors de l'anniversaire de la naissance de son fils, par exemple, elle avait toujours en réserve une pensée très douce. Quand il avait huit ans, elle se disait :

— Il n'y a plus que quatre années à attendre. Quand il en eut onze, elle ne put garder sa joie pour elle et se mit à lui dire :

— Mon petit, dans un an, tu auras douze ans. Elle possédait le nombre mystique, elle savait calculer les temps, elle prédisait comme Daniel l'époque de l'avènement du Messie. Elle n'avait même pas besoin de voir ce qui se passerait