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1 88 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Moi, je suis un homme du peuple et je veux travailler comme les autres. " 1

Travailler. Gagner son pain. Etre un pauvre parmi les pauvres. L'expérience de cette année perdue fît rentrer Philippe dans sa classe. Il revint à Paris, retrouva une place libre à la Pharmacie Centrale, et, sans rien de- mander de plus, il s'assit sur sa chaise de paille pour gagner fièrement ses 3 fr. 75 par jour.

La loi des pauvres, c'est la souffrance obligatoire, et c'est aussi l'obligation du travail. Philippe l'accepte avec simplicité, il revient au peuple dont il est sorti. " Je vois mon âme indépendante qui rougit en pensant à sa servi- tude ancienne comme un homme rougit d'avoir jadis démérité." 2 II ne quémandera plus la protection de per- sonne, il ne s'inclinera plus devant la richesse et le pou- voir, il méprisera l'argent et le succès. "Il s'agit, ayant des principes, d'y conformer sa vie, afin d'avoir le cœur fort et de donner l'exemple aux autres. 3 "

Philippe libère son cœur et en même temps son art. Il s'aperçoit que c'est du cinquième ou du sixième étage qu'on découvre le mieux la vie. Il se propose de l'étudier avec patience et sincérité, surtout la vie des pauvres qui est la seule normale. Il dira d'abord la sienne, qu'il con- naît bien, puis celle des autres, plus tard, quand l'expé- rience viendra.

Les débuts de cette vie nouvelle furent difficiles. De janvier à novembre 1896, Philippe habita un taudis,

1 La Mère et l'Enfant, p. 170-171. 1 La Mère et l'Enfant, p. 162.

1 Lettre à M. Jean Giraudoux, publiée dans la Grande Revue, 10 jany. 1910.

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