Page:NRF 3.djvu/204

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quitter Paris, s’en aller n’importe où, et elle suppliait Charles-Louis Philippe de l’aider et de la conseiller.

Il la ramena dans un petit café de la rue Vavin où l’attendaient ses amis. Il la fit passer devant lui en la prenant aux épaules, et comme s’il eût exposé au regard de ses amis une chose infiniment précieuse, il dit moitié riant et moitié grave :

— Voilà une femme que je vais sauver.

Il lui enleva son manteau, la fit asseoir à côté de lui. Il la détailla. “ Voyez comme son corps est menu et comme ses yeux sont doux ”.

Il toucha ses bandeaux. “ Elle a des cheveux noirs aussi ”.

Berthe Méténier souriait.

Philippe mit ses coudes sur la table, serra ses tempes dans ses doigts et dit, avec une crispation de tout le visage :

— Elle est comme une petite fille, et il y avait un homme qui la battait.

À l’heure du dîner il fallut chercher un restaurant peu éclairé. Il s’en trouva un sur le Boulevard Raspail.

Pendant que Berthe Méténier s’enfonçait tout au bout de la banquette à la table la plus sombre, Charles aida Michel à sortir d’un journal qui l’enveloppait un petit buste en plâtre. C’était la tête merveilleuse de Santa Fortunata. Tous deux l’offraient à leur ami. Philippe ne se lassait pas de la regarder. Il la mit devant lui, puis à côté, puis au bout de la table et chaque fois qu’il la déplaçait il s’émerveillait de la trouver plus jolie selon que les ombres la faisaient différente. Il regarda Berthe et la petite tête de plâtre, et il dit tout joyeux :