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��LES "CHARLES BLANCHARD " 287

tombât de l'azur et répandît sur les hommes on ne sait quelle joie lumineuse dans laquelle ils se dressaient.

Alors, au plus profond de son cœur, là où Ton possède ce qu'il faut pour comprendre, pour goûter, pour aimer toutes les choses de la terre, l'enfant sentait un autre Charles Blanchard qui, accablé par l'ombre, n'y pouvait vivre et tendait au dehors un monde de sentiments si beaux qu'il eût fallu les ignorer pour n'en pas avoir pitié. 11 s'effor- çait à l'oublier, il l'ensevelissait sous le poids de ses plus lourdes pensées, il savait lutter quand il s'agissait de cela, il le noyait d'un tel flot d'amer- tume que son frère heureux, le petit Charles Blanchard si doux qu'il portait en lui retomba silencieusement comme on retombe sur sa couche, et tout est fini. Ce fut comme s'il avait un mort dans sa maison. Il le pleurait. De grosses larmes coulaient sur ses joues ; on ne sait pas ce qu'il en versa, elles se suivaient comme les souvenirs, comme les pensées se suivent, il n'en était jamais à la dernière. Il pleura longtemps, et quand, vers le soir, sagement il partit, il se prit encore à pleurer sur la route.

Ce fut ainsi que Charles Blanchard, à l'âge de dix ans, prit au milieu des hommes la place du pauvre. On est pauvre, tout d'abord, pour des raisons d'argent. Il suffirait d'un sou parfois pour

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