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326 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sous la main de grands méconnus envers qui s'acquitter, il reporte sur toute la tribu un arriéré d'égards et d'indulgence. Il aime mieux renoncer à tout contrôle que risquer de se mettre dans un mauvais cas.

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Or en vrai " Dormeur Eveillé ", profitant de la confusion, le pauvre artiste-artisan s'est bientôt mis à l'aise dans son rôle de prince. Il a vite fait d'oublier l'humilité de sa propre taille et la stature de ceux dont il prétend tenir la place. Il ne semble pas que dans d'autres métiers la notion des pro- portions soit de la sorte oblitérée. Un adjudant ne s'autorise pas à tout propos de Napoléon, tandis que tout rimeur se sent de même essence que Dante ou Sophocle. Il est marqué du même sceau ; il communie aux mêmes mystères. Il représente, à côté d'un grand autel, un plus petit autel, mais sur lequel descend le même feu divin de l'inspira- tion. Il est prédestiné. Il a le don. Ce n'est pas une qualité acquise, adventice. Non, il participe d'une nature divine ; une sorte de caractère sacer- dotal s'attache à tout ce qui intéresse son corps ou son esprit.

Une singulière conception de Yinspiration a grandement facilité cette usurpation. Parmi toutes les formes d'exaltation qui donnent à l'homme le sentiment de sortir de lui-même, de se surpasser, d'entrevoir des beautés que son raisonnement ne suffisait pas à lui faire découvrir, l'exaltation de

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