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LE CHARRETIER 345

trois semaines. Son bagage de connaissances n'était pas lourd et souvent les questions de l'enfant l'embarrassaient fortement. Il lui donnait surtout des leçons de choses, lui montrait la Croix de Sud et ses deux pointers ; lui disait ce qu'il savait des mœurs des animaux du bush et lui racontait comment on trouvait l'or. De ce sujet, il parlait en connaissance de cause, car l'or qu'il avait trouvé dans sa jeunesse lui était revenu à environ trente livres sterling l'once.

Les pluies d'hiver rendaient les voyages difficiles; l'été souvent l'herbe était rare et il fallait emporter du foin coupé pour nourrir l'attelage. Mais Jones, en Australien qu'il était, avait appris à être philosophe, à prendre calme- ment les difficultés, ou plutôt à les considérer comme des choses habituelles et faisant partie intégrante du programme de la vie.

Le matin, quand l'herbe était argentée de rosée, quand le soleil à peine levé semblait une grande éclaboussure d'or au travers des arbres de la creek, on sortait tout transi de dessous la tente, on ranimait le feu et on buvait vite une pannican de thé brûlant. Dans le brouillard qui sentait si bon la fraîcheur, les chevaux n'étaient que des ombres lointaines et la clochette de Paddy qui tintait à chaque seconde indiquait que les coups de dents se suivaient sans perdre de temps.

Cette clochette était pour le charretier et sa fille ce qu'est pour d'autres la cloche du village. Son chant les suivait partout ; elle portait dans sa mince coquille de bronze une note de gaieté et de paix qui ne sonnait qu'aux moments de repos, depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever.

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