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384 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

malgré Santos, il allait, pendant ces fameuses nuits, dans je ne sais quels bouges, et que là, il payait des filles pour les gifler. Et ces malheureuses, qui avaient faim sans doute, consentaient à cette ignominie ! Je pense, aujour- d'hui, de sang-froid, que ce n'était là qu'une légende, quelque incident dénaturé par l'imagination d'un enfant vicieux. Mais je me souviens bien du trouble que cette histoire jeta en nous, la première fois qu'elle nous fut contée. Nous étions, pour la plupart, des enfants gâtés, et c'est là ce qui avilit le plus les caractères, et ce qui durcit les âmes ; mais plusieurs d'entre nous pleurèrent d'indig- nation et de pitié en apprenant cette chose; nous y pensions malgré nous constamment, et le soir, avant de nous endormir, c'était comme un poids étouffant que nos mains cherchaient à soulever de nos poitrines...

Santos, tout au contraire, était partout le bienvenu. Il entrait dans une salle de restaurant, la tête haute, le chapeau en arrière, et aussitôt, dans quelque groupe joyeux, il se trouvait toujours une belle femme pour dire: " Tiens, voilà mon béguin ". Santos Iturria était en effet très beau. Entre dix-huit et dix-neuf ans, il avait déjà la carrure, la pleine force, l'air assuré d'un homme de vingt-cinq ans. La vivacité naturelle à son âge ajoutait, par contraste, un charme de plus à son apparence. Sa iîgure était, non pas longue, mais grande, et toujours rasée de près, ce qui accentuait le caractère de propreté et de franchise qui se dégageait de toute sa personne. Son teint était clair, même un peu rose. Ses cheveux châtains, légèrement ondulés, couronnaient bien son front haut. Mais ses yeux surtout étaient remarquables ; ils étaient bleus, mais d'un bleu profond, presque noir. Ils éton-

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