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JOURNAL SANS DATES 4O5

Aucune phrase ne suffit à exprimer la pleine touffe de la pensée. Les mots ont beau se serrer l'un près de l'autre, l'un contre l'autre, ils ne se presseront jamais d'une étreinte si sûre qu'ils ne laissent rien échapper. Et chaque mot, de chaque phrase de Péguy aussitôt dite débandée, court après tout ce qu'il a laissé fuir.

-En vérité quel admirable livre pour l'étranger qui veut toucher du nez le nuancé de notre langue. Jamais elle ne fut moins latine et moins lapidaire ; plus libre et plus soumise à la fois, répondant plus soudain au moindre souffle de l'esprit. On la retrouve ici, ô joie ! comme elle était dans Rabelais : en formation, et toute jeune !

Hauviette.

Tu faisais ta prière. Ne t'en excuse pas. Ne t'en défends pas. Je

  • ne te le reproche pas. Tu n'as pas besoin de t'en défendre. Il n'y a

pas de mal à ça. Tu n'as pas besoin d'avoir honte...

... Tu auras beau faire, tu auras beau dire, tu auras beau croire : tu es notre amie, jamais tu ne seras comme nous.

Je ne t'en veux pas. Je suis dans la main du bon Dieu. Nous sommes dans la main du bon Dieu, tous, et la terre, entière, est dans la main du bon Dieu. Il faut de tout pour faire un monde. Il faut des créatures de toute sorte pour faire une création. Il faut des paroissiens de toute sorte pour faire une paroisse. Il faut des chrétiens de toute sorte pour faire une chrétienté.

Jeannette.

— Il y a eu des saints de toute sorte. Il a fallu des saints et des saintes de toute sorte. Et aujourd'hui il en faudrait. Il en faudrait peut-être encore d'une sorte de plus.

Hauviette.

— Tu es parmi nous, tu n'es pas comme nous, jamais tu ne seras comme nous. Moi quand je fais ma prière, je suis contente, pour le temps que ça dure. Pour le temps de la faire, et pour le temps que ça dure après. Jusqu'à la suivante. Jusqu'à la prochaine.

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