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420 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAIS

tuelle, que nulle époque ne verra dépassé. Puis presque soudain, arrêt du développement, stérilité, silence. Et aussitôt la dégénérescence, la molle résistance aux envahisseurs, la mort.

Les historiens ont tâtonné ou se sont tus. A expliquer le déclin national par la perte des vertus civiques, on ne risque guère, mais on fait médiocrement avancer la question.

M. Jones cherche à prouver que cette civilisation, que les Perses n'avaient pu entamer par le fer, mourut de maladie. Par des déductions assez serrées, chiffres et dates à l'appui, il montre l'invasion rapide des fièvres contagieuses dans la péninsule hellénique, le nom d'un mal jusque-là inconnu faisant dans les écrits de l'époque son apparition, et la malaria dont aujourd'hui les deux cinquièmes de la population sont atteints, répandant ses ravages, empoisonnant le sang, tuant l'imagina- tion des poètes, amollissant le cœur des guerriers, troublant la pensée des chefs, supprimant les artistes. Les marbres héroïques, à partir de ce moment, commencent à ne plus représenter que les ancêtres, la beauté va demeurer le privi- lège du passé, et les Dieux cesseront de pouvoir respirer sur la Terre.

Il faut reconnaître aux conclusions de ce livre une sérieuse vraisemblance, et compter désormais avec ce nouveau facteur historique, jusqu'à plus ample enquête.

La science d'histoire, qui doit prétendre au titre de science exacte — les mots l'y contraignent — n'a le droit d'ignorer aucun élément des problèmes qu'on lui demande de résoudre. A restreindre le nombre des équations, à laisser tomber les termes encombrants de celles-ci, la solution sans doute sera plus vite atteinte. Mais parfois, après coup, une exponentielle oubliée revient jeter le désarroi parmi les résultats conquis, et force à recommencer le calcul. C'est peut-être un coeffi- cient de première importance que M. Jones vient de décou- vrir ainsi.

P. de L.

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