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FERMINA MARQUEZ 489

Sans demander la permission de M. Lebrun, il alla prendre, dans la bibliothèque de l'étude, le Grand Atlas de Schrader, et il y chercha la carte de Colombie.

— M. Léniot, pour vous être dérangé sans permission, vous aurez un zéro de conduite.

Joanny sourit dédaigneusement. Il étudiait avec soin la configuration géographique de la République Colombienne, comme s'il eût projeté un voyage dans ce pays. Le port principal, sur la mer des Antilles, s'appelle Carthagène ; c'est de là qu'elle avait dû partir.

L'étude s'était tue un instant, étonnée d'entendre donner, pour la première fois, une mauvaise note au meil- leur élève. On regardait curieusement l'expression du visage de Léniot. Mais M. Lebrun poursuivait son avan- tage. Il distribuait à profusion les " zéros de conduite ". Et le chahut redoubla de violence. Au bout de la salle, où était sa place, Pablo Iturria souleva le couvercle de son pupitre, puis le laissa retomber à grand bruit, et s'adressant au surveillant, hurla :

— Calla, hombre, calla !

Joanny, toujours souriant, regagna sa place. Il était plein de confiance en lui-même. Surtout, il se sentait en sécurité, quoi qu'il pût arriver. Il se dit : " Même en admettant le pire, ce n'est jamais mon père qui me reprochera d'avoir séduit la fille d'un millionnaire ! " Il sentait toute sa vie, devant lui, pareille à une inépuisable provision de succès et de bonheur.

— Vous savez, M. Léniot, que votre zéro de conduite sera accompagné d'un rapport au Préfet des Etudes.

La gaîté nerveuse, qui jusque-là avait porté Joanny, tomba tout d'un coup : cette mauvaise note et ce rapport,

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