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NOTES 525

le rythme passionné de la prière." Il aime comme lui sa race aux épaules étroites et au visage mobile ; les chants sublimes des synagogues, plus altérés qu'Agar au désert, et qui, même quand ils sont des psaumes qui bondissent vers l'Eternel, jamais n'abandonnent l'inquiétude dont ils sont obsédés et s'arrêtent toujours, comme Moïse, au seuil de la Terre promise.

��Le livre de poèmes qu'André Spire a donné avant de publier ce petit livre sur Zangwill s'appelle Versets, et c'est bien en effet une sérieuse lecture de l'Ancien Testament qui a nourri son âpreté et sa tristesse, son lyrisme violent et court. Bien- heureux est celui qui ne s' assied pas au banc des rieurs l (Psaume I). Ils n'y a pas de quoi rire : la vie est injuste. A cette brutale injustice du réel, Spire oppose une protestation passionnée. C'est qu'il appartient à la race " qui a conçu ses rapports avec Dieu même comme un contrat, qui a fait de la justice un attri- but de Dieu" — Mais il ne peut se contenter d'une protesta- tion idéale. Toute idée est creuse pour un juif, si elle n'est pas efficace. Il faut que le rêve rejoigne les choses, et qu'à la fin réalisée, je puisse toucher avec mes mains la pensée qui me transporta. Comme Zangwill, Spire déteste les dilettantes, ceux qui de la vie font un spectacle. S'il entre dans un musée, il peut bien admirer un instant les ft travaux passionnés des mains nombreuses". Mais bien vite, avec désespoir il retrouve aux murs du musée les images de l'injuste vie.

Et j'ai vu des massacres et des crucifiements,

Des batailles, des rois, des regards faux de courtisans

J'ai vu des corps d'enfants guettés par des vieillards

J'ai vu le ventre las des prostituées lentes

J'ai vu des conquérants, des nains et des joueurs

Des avares, des fous, des pauvres, des esclaves

Et j'ai pleuré.

  • *

1 Le livre de Spire est divisé en deux parties : Et vous riez. — Poèmes juifs.

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