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JEAN MORÉAS 545

presque unique, tant elle est d'un dessin précis, tant elle paraît volontaire.

On lit en préface de la seconde édition des Syrtes : "L'auteur a peu d'amitié aujourd'hui, non seulement pour cet essai de sa jeunesse, mais même pour un autre de ses ouvrages, Les Canti- lenes. Il dira donc qu'il consent à laisser réimprimer les Syrtes, uniquement pour ce que ces vers mar- quèrent, à leur apparition, la première hardiesse d'une école poétique éphémère qui fut alors légitime et qui s'éteint..." Laissons là les écoles. Personne n'y fut plus embrigadé que Moréas. Chacun de ses livres tour à tour a servi de mani- feste, mais rendons leur cette justice qu'ils se passent fort bien de rien prouver et que les gloses ne sont pas parvenues à nous les ternir. Il se peut que l'école fût hardie ; Syrtes ni Cantilènes ne le sont à parler rigoureusement. La nouveauté y est toute de surface et ne consiste qu'en quelques ornements, en petits caprices de vocabulaire et de prosodie. Tantôt ce sont d'un peu lourds alexan- drins, dans la tradition du Parnasse, tantôt des poèmes dont la sentimentalité rappellerait sur- tout Verlaine, mais un Verlaine moins sensible. La psychologie ne sort guère de cette mélancolie plaintive qui était alors de mode. Ce qu'il en faut retenir, c'est un goût très vif pour tout ce qui est refrain, balancement, retour régulier des mots et des vers. La moitié de ces pièces a un

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