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FERMINA MARQUEZ 785

sans doute, des grands pots d'orangers où on les avait plantés, rampent et fleurissent entre les pavés...

Je me suis assis à mon ancienne place, en étude. Quelle chose fantastique que le temps ! Rien n'a changé ; il y a un peu plus de poussière sur les pupitres ; c'est tout. Et me voici, devenu homme. Si, à force de prêter l'oreille à ce silence, j'allais soudain distinguer, au-delà des années écoulées, un brouhaha lointain, et des voix et des pas... Et si tous les élèves de mon temps allaient soudain rentrer dans cette étude, et si, me réveillant au bruit, j'allais me retrouver en face de mes livres et de mes cahiers d'écolier... " Beaucoup sont morts, Monsieur, beaucoup sont morts. "

Je retourne dans le parc, au soleil. Les gamins du village ont réussi à casser, avec des pierres, quelques-uns des vitraux de la chapelle. Le pavillon qu'habitait le Préfet des Etudes est bien délabré. La statue de Saint Augustin, sur la terrasse, est presque entièrement dédorée. J'ai mis longtemps à retrouver l'emplacement où l'on avait installé le tennis, du temps de Fermina Marquez, — il m'a fallu traverser un fourré qui n'exis- tait certainement pas alors. Je me suis surpris à dire tout haut : " Et Fermina Marquez ? " Oui, qu'est-elle deve- nue ? Je suppose qu'elle est mariée à présent. Et j'aime à penser qu'elle est heureuse. Elle aimait les hommes braves.

Je reviens de la terrasse. Là-bas, c'est Paris, où je serai dans un moment, si loin de tout cela. Au-dessus de moi, les oiseaux font entendre leurs voix innocentes ; — indifférents aux changements des régimes, ils continuent à célébrer d'été en été la gloire du Royaume de France,

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