Page:NRF 3.djvu/815

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


NOTES 8o5

oublient l'esprit pour la lettre, et que renchérissant sur des miracles d'écriture ils entraînent certains de ces maîtres eux- mêmes à renchérir. A quel point est méconnu l'enseignement de M. Debussy par exemple, si humain, sensuel, direct! à quel point l'exemple viril de la 2 e symphonie de M. Magnard où se réveillent la joie populaire et la danse ! Pour un accent sincère comme celui qu'on applaudit l'autre soir à la Société Nationale dans la suite de M™ Béclard sur la Partenza de Vielé Griffin. Que de contrefaçons et de grimaces ! On ne saurait rien dire encore de la Société musicale indépendante qui vient de se fonder pour jouer de jeunes auteurs, sinon qu'elle n'a pas produit encore d'oeuvres maîtresses, et que sans la Chanson d'Eve de M. Fauré et les petites pièces pour mains enfantines de M. Ravel, Ma Mère l'Oye, elle n'eût su nous révéler que deux morceaux javanais assez curieux, notés et orchestrés par M. Charles Koecklin et que quelques œuvres étranges de M. Kodaly, le chef paradoxal d'une nouvelle école tchèque. En sommes-nous réduits à n'admirer que des raretés exotiques où nous reconnaissons les petits côtés de notre art, encore rétrécis ?

On comprend que le public, avide d'air, se tourne vers la Russie, vers l'Allemagne, vers une barbarie plus abondante ; que déçu, devant le grand musicien et demi qui résume toute la musique russe (Moussorgski complété par Rimsky Korsakov), devant cet autre virtuose de technique polyphonique et or- chestrale — et rien de plus — qu'est Richard Strauss, il soit venu à Gustave Mahler, continuateur avoué de Ludwig van Beethoven, à Vienne... Mais je ne puis pas admettre qu'il n'ait pas trouvé là la plus considérable de ses déceptions et que sous prétexte de santé, il ne soit pas retourné d'un bond à Iberia et aux Histoires Naturelles, fier des siens.

Devons-nous condamner M. Gustave Mahler sur une sym- phonie, et fût-elle avec chœurs — les siennes le sont presque toutes — quand son œuvre en comporte neuf ? Ce serait in- juste et sot. Mais pourquoi, s'il en écrivit depuis de meilleures, nous apporte-t-il la seconde, celle-ci ? On imagine difficilement disproportion aussi gigantesque — de là le nom sans doute de Titan Symphonie — entre la masse des exécutants, instru-

�� �