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NOTES ']6l

et tout savoir resteraient vains. Mais de ces étudiants-là le compte est bien vite fait. Négligeons les esprits serviles qui, je l'espère, sont plus rares encore. Reste une majorité d'esprits bien faits et curieux, mais sans goûts prononcés, sans vigoureuse ardeur; — esprits qui sont dociles par respect pour les maî- tres, par nécessité pratique, et pour n'avoir pas rencontré, dans leur jeunesse toute scolaire, une influence capable de susciter en eux le besoin d'une culture personnelle. Ces esprits ne s'avanceront que dans la voie où les engagent l'enseignement de la Sorbonne, les exercices qu'on leur impose et d'après les- quels ils savent être jugés. Or tout n'est-il pas à présent disposé pour les rendre soucieux de beaucoup apprendre, plutôt que de bien penser et de bien écrire ? Les minutieuses préparations d'auteurs, l'élaboration d'un long travail de diplôme, ne leur prennent-elles pas trop de temps pour laisser place à des lec- tures étendues, à de libres méditations ? Limite-t-on assez le champ de leurs recherches pour qu'ils dominent leur sujet — condition indispensable pour bien rédiger et bien composer ? N'ont-ils pas lieu de croire, à tort ou à raison, qu'un défaut d'érudition, une lacune de bibliographie, leur seront plus rude- ment reprochés qu'un manque d'ordre et de goût ? — Certes il sied de rappeler à qui l'oublie que la Sorbonne est chargée avant tout d' éveiller l'esprit scientifique, et qu'elle doit consi- dérer l'étude même des " lettres " comme faisant partie des " sciences de l'homme " ou, si l'on veut, des " sciences de l'esprit. " Elle ne peut avoir pour dessein principal de cultiver des qualités formelles de composition et de style : ce soin regarde l'enseignement secondaire. Mais d'abord il faut que l'enseignement secondaire puisse librement accomplir sa tâche, sans recevoir de la Sorbonne des ordres impérieux dont elle ne saurait prévoir ni suivre tous les effets (c'est là qu'est, à nos yeux, le vif de la question). Il faut ensuite que la Sorbonne ne détruise pas à plaisir chez ses élèves ces qualités encore mal affermies; il faut donc qu'elle en tienne compte, qu'elle les en- courage, qu'elle leur offre occasion de se manifester. Les étu- diants sont pour la plupart de futurs maîtres de nos Lycées; il est bon qu'ils excellent aux exercices que bientôt ils seront

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