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INGRES ■ 833

qu'inventa plus tard Cézanne. La peinture du Bain Turc est admirable ; mais on ne la voit pas, tant elle est terminée et la hardiesse de ces nus, l'un tout vert, l'autre tout orangé, se dissimule sous la perfection du détail. Même quand la cou- leur force l'attention, c'est par une sorte d'acidité immobile. Les tons tiennent la toile ; ils occupent, inflexibles, sa surface ; ils ne faiblissent nulle part, nulle part ne s'évanouissent ; ils restent.

Cependant, nous ne tardons pas à sentir que quelque chose en nous de plus profond s'est en silence à ces chefs-d'œuvre intéressé : le corps, la vie sensible ; un enchantement tout bas nous entraîne, une secrète et forte volupté ; un appel vraiment nous est adressé, nous ne sommes plus exclus, répudiés, mais au contraire demandés, emmenés, séduits. Car Ingres par son dessin est le plus sensuel des peintres. Sous cette couleur tranquille, il faut voir enfin les lignes délicieuses qui se dévident. On les suit avec tout son être, on les goûte jusqu'au fond de soi avec une aspi- ration suave. Elles ravissent jusqu'à faire perdre la pensée.

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��Le dessin d'Ingres a toute la vie que dans sa couleur nous n'apercevons pas ; il tient compte du mouvement des objets ; non pas qu'il le tra-

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