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pénitents de Castille, dont un prêtre à lunettes, qui s’appuyent pour fléchir le buste, sur des cierges éteints pareils à des bâtons ; et tout cela est fixé et morne... — Est-ce là un chef d’œuvre ? Cela du moins atteste un splendide métier de peintre, un métier qui n’esquive rien, ni le dessin, le modelé, les volumes, la ressemblance, ni la qualité et le grain des chairs, des rochers, des étoffes, ni la beauté de la matière (celle-ci est précieuse et pleine, d’une coulée, et toute chargée de reflets), ni même l’intérêt humain des visages, ni l’intérêt humain et poétique du sujet. Je trouve dans ce tableau — quoiqu’on en pense, quelque hostile même qu’il puisse paraître à un œil plus délicat — mieux qu’un “prétexte à peindre” admirablement saisi par le peintre : une œuvre où dans l’artiste l’homme n’abdique point. Peut-être m’abusé-je sur l’authenticité de ce Calvaire ? On me prouverait à quel point le sentiment en est artificiel qu’il resterait pour moi comme l’exemple, ou, si l’on veut, comme l’indication de ce que pourrait être encore notre peinture, une image complète des hommes et de la vie, comme au temps des grands Florentins, si l’on ne s’obstinait à la réduire à un jeu plus ou moins subtil de sensations imprévues et à ne la cultiver qu’en détail.

H. G.



L’ART MÉDIÉVAL, deuxième volume de l’Histoire de l’Art de M. Élie Faure (Floury).


M. Élie Faure ne sépare pas l’histoire de l’Art de l’histoire des hommes. Il sait que si l’art est un jeu, est un luxe, il est le jeu supérieur, le luxe durable ou s’affirme au regard des siècles la force créatrice de l’humanité ; lui seul demeure, lui seul importe, et si gratuit qu’il semble dans son temps, et si frivole ; il fait la preuve de l’intelligence, de la passion, de l’existence du passé. Comme M. Barrés recherche en Greco le secret de