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DANIEL DE FOE I87

rebuffades (on dit même ses coups), baissait la tête et pleurait. De honte et de chagrin, Anne, la fille de Jacques II, la reine Anne buvait 1 Et c'était une odieuse chose que cette reine, avilie et souil- lée, choquant le verre et trinquant, durant que le glorieux Marlborough et Sarah sa femme em- pochaient l'argent des armées, spéculaient sur tout dans Londres, pillaient et volaient l'Etat. Maîtresse de la garde-robe, Sarah avait les clefs des bureaux, des coffres, des appartements. De jour et de nuit, à Windsor, à Saint-James, elle entrait partout où elle voulait. Mais, cette puissance n'eut qu'un temps. Naïve au milieu de ses crimes, Sarah avait eu la sottise de placer auprès d'Anne (on a dit " pour le service de la chambre à coucher ") une jeune et belle cousine à elle, miss Abigaïl Hill (plus tard lady Masham). Dès lors, Anne se sentit soutenue, aimée : elle regimba. Un jour que Sarah lui avait, dans une querelle, adressé le plus bas

fois-là, sinon à la prison, du moins au pilori. Une caution de 800 livres lui permit de sortir, pour la seconde fois, de Newgate, en 1 7 1 3 ; mais la mort de la reine Anne, survenue l'année suivante (17 14), porta sur le trône britannique la maison de Hanovre. A l'avènement de Georges I" le Hanovrien, Robert Harley, qui avait rendu tant de ser\'ices à son pays et à la couronne ne fut pas seule- ment destitué ; mais, accusé de trahison par les whigs, il fut conduit à la Tour de Londres et enfermé deux ans (1714-1716). C'est à dater de ce nouveau séjour à Newgate, de la mort de la reine et de la chute de Harley que commencent, pour Daniel de Foë, les épreuves qui firent de cette seconde partie de sa vie le pendant le plus douloureux qu'il soit possible d'imaginer à la première.

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